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L’impact du Covid-19 sur l’activité économique des designers – V2

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L’Alliance France Design a mis en place en mars un sondage. Un premier bilan a été adressé le 4 avril au ministre de la Culture Franck Riester. Voici un deuxième bilan augmenté de réponses au sondage, de précisions sur les formes d'exercices, les disciplines touchées et les recommandations de l’AFD pour que le dispositif du gouvernement puisse soutenir tous les designers.
 

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327 designers ont, au 24 avril, répondu à la présente enquête et ont pour certains donnés des pistes éclairantes pour aider le secteur à franchir cette difficile période. Les participants au sondage reflètent une constante : la diversité des structures juridiques de la profession de designers, dans des proportions classiques de ±30 % de société et ±70 % d’indépendants.

EXTRAIT :

Recommandations de l’AFD (V2 § augmenté)


Des précisions sur l’impact du confinement chez les designers en France

Les designers œuvrent partout, des espaces aux objets, des services aux messages visuels et sonores. Ils contribuent à la création de richesses et à l’innovation dans tous les secteurs économiques : le commerce, l’industrie, la santé, la culture, l’éducation, l’événementiel, la communication, le tourisme, les services, le luxe, les transports, l’automobile, la banque, l’assurance… Les designers sont un maillon essentiel des industries créatives, dont le chiffre d’affaires global représente, par exemple, le double de celui de l’industrie automobile. Les entreprises dont l’activité est le design sont essentiellement de petites structures, environ 28 000 sociétés SAS, SARL, EURL, et environ 62 000 travailleurs indépendants. Environ 29 000 designer.eure.s sont salarié.e.s. Le numérique et Internet y sont des outils de travail naturels depuis longtemps et le télétravail est déjà bien implanté dans leur culture d’entreprise.


Les réponses à notre sondage montrent que la crise du Covid-19 touche la profession du design dans son ensemble mais que son impact économique est plus ou moins fort d’une discipline à l’autre : les designers sont tributaires des secteurs d’activité de leurs clients. Les écarts de perte de chiffre d’affaires se creusent aussi selon la forme d’exercice des designers.

Les entreprises de design qui travaillent plutôt pour l’industrie et la construction, par exemple, où le processus de la commande à la livraison est le long terme (en général de 12 à 18 mois), ressentent moins l’impact de la crise à fin avril et prévoient une perte de CA en 2020 de 20 % à 30 %, plus rarement jusqu’à 50 %. Ce sont en majorité des sociétés de design de produit (SAS, SARL) qui emploient des designers salariés, elles sont plus en capacité de faire face à la crise et elles ont plus confiance en leur capacité d’absorber les effets de la crise d’ici fin 2020, d’autant que les mesures du gouvernement sont plutôt bien adaptées pour les salariés employés par ces sociétés (voir tableau ci-après). Cependant, celles de moins de 5 ans d’activité, à la trésorerie plus modeste, sont fragilisées.

De façon similaire, les sociétés de design d’espace et de design interactif se sentent moins fragilisées par la crise lorsqu’elles travaillent sur des projets de long terme, pour des musées ou des objets connectés, par exemple. Elles estiment une perte CA de 20 % à 30 %. En revanche, lorsqu’elles travaillent à court terme (en général de 3 à 6 mois), pour l’événementiel commercial ou culturel, la scénographie ou le webdesign par exemple, la baisse de CA est plus dramatique, estimée de 40 % à 60 %.

Les entreprises du design qui travaillent pour la communication pour l’événementiel, le tourisme et la culture, où le processus de la commande à la livraison est court (en général de 1 à 6 mois), ressentent déjà l’impact de la crise à fin avril et prévoient une perte de CA en 2020 de 30 % à 60 %. Ce sont les sociétés de design graphique (SAS, SARL) qui sont le plus concernées par cette baisse. Les agences qui captent les plus gros marchés pensent absorber les effets de la crise d’ici mi-2021. Elles emploient des designers salariés et complètent leurs effectifs avec des designers indépendants.

Les designers indépendants (Agessa-Maison des artistes, professions libérales, microentreprises) travaillent pour les agences (±30%, soit ±20000 personnes) et des clients en direct (±70%, soit ± 47 000 personnes). Ils estiment leur perte de CA en 2020 de 20 % à +70 %. Ce sont les baisses les plus fortes, l’ecart important de cette fourchette reflète la diversité des secteurs où les indépendants interviennent. Les designers de produit travaillant pour des secteurs d’activité moins freinés par le confinement devraient logiquement mieux s’en sortir. Les plus touchés — et pour plus longtemps — sont les designers graphiques travaillant pour la communication, la culture et le tourisme. Or, ce sont les plus nombreux.

Les designers indépendants sont les plus nombreux et plus fragiles. Moins bien armés pour faire face à la crise due au Covid-19, déjà fragilisés par un contexte économique, social et administratif (conclusions du rapport Racine), leurs revenus sont inégaux tout au long de l’année, ils travaillent sans assurance chômage et servent de variable d’ajustement pour les agences.

Sur 90 000 entreprises de design, 62 000 sont des travailleurs indépendants, dont 70 % (±43000) travaillent pour des secteurs économiques très affaiblis par la crise du Covid-19, dont l’impact pourrait s’étaler jusqu’à fin 2021, voire début 2022. Les chiffres d’affaires de ces designers indépendants sont plus modestes, leur revenu médian va de 26 K€ à 30 K€, un tiers est âgé de 25 à 35 ans, un peu plus d’un autre tiers est âgé de 35 à 45 ans, la moitié (±21500) vit en région parisienne.

Selon notre analyse, en 2020, environ 43 000 designers.euses indépendants.es gagneront 6 000 € à 12 000 €, et 19 000 autres gagneront 12 000 € à 18 000 €. Raporté au mois cela donne 500 € à 1000 € et 1000 € à 1500 € par mois — sachant que les revenus irréguliers typiques de ces professionnels signifient des mois sans aucuns revenus et soulignent leur fragilité économique.
 

Applicabilité des premières mesures de soutien selon les formes d’activité des designers



Le premier dispositif de soutien mis en place à fin avril par le gouvernement est difficilement applicable aux designers indépendants, pourtant majoritaires. Le mode de calcul d’éligibilité au fonds de solidarité ne permet pas aux plus fragiles de maintenir leur activité, ni leur pouvoir d’achat. Le sentiment d’inégalité de traitement au sein d’une profession aux multiples formes d’exercice se renforce.

Les reports de prêts professionnels sont pour la plupart douchées par les frais dissuasifs qui seraient facturés par les banques. Les demandes de prêts de trésorerie formulées par les indépendants aux banques, intermédiaires nécessaires dans le processus d’accession au PGE, restent pour la plupart lettres mortes. Lorsqu’elles répondent, les banques ne se suffisent pas des garanties de l’État, exigeant une caution personnelle de 100 % du montant du prêt. La BPI n’a, à ce jour, pas trouvé de solutions pour les TPE et les indépendants.

Le coût des reports de prêts immobiliers est dissuasif pour le professionnel qui habite et travaille chez lui. La grande majorité des indépendants payant des loyers auprès de bailleurs privés, leurs reports sont difficilement envisageables.

En Allemagne, par exemple, la culture des collectivités et des entreprises est empreinte de design depuis des décennies. Dans le cadre d’une politique de soutien aux professions créatives, le gouvernement fédéral a distribué dès mars 2020, sans conditions, 5 000 € aux designers indépendants. Ce dispositif a été complété d’une aide des landers (les régions) allant jusqu’à 15 000 € par professionnel. Non remboursables, ces aides peuvent être complétées par des prêts bancaires à taux zéro, garantis par l’État (à ce titre, les échos reçus sont favorables aux banques Allemandes). Cette comparaison fait sens puisque l’on sait que la compétition se situe sur le marché européen pour plus d’un designer français sur trois (environ 30 000 personnes).
 

Les recommandations de l’AFD au 5 mai 2020

Si l’on souhaite en France soutenir l’innovation et la compétitivité par le design au sein de l’économie, de la santé et du bien commun, et si l’on souhaite soutenir les entreprises du design à la française sur le marché européen et mondial, il convient de soutenir tous les designers, en adaptant des mesures d’accompagnement aux entrepreneurs les plus fragiles pendant la période confinement et au-delà.

L’AFD recommande dans ce but, que les designers les plus fragiles puissent bénéficier :
sans conditions de ressources, du soutien financier d’urgence de 1 500 € par mois ;
  • du report sans conséquences et de l’échelonnement du paiement
    — de la TVA ;
    — des frais d’énergie (électricité, gaz, eau) ;
    — des loyers des baux professionnels, commerciaux et privés ;
  • d’un accès sans conditions aux prêts de trésorerie à taux zéro, garanti par la BPI, la première échéance de remboursement à trois mois minimum ;
  • d’un accès à l’aide régionale non conditionné à l’obtention d’une aide gouvernementale ou à la présence d’un salarié dans l’entreprise.

Enfin — le design étant une activité des arts visuels —, les entreprises et les particuliers, bailleurs compris, devraient être incités par des mesures fiscales en faveur du mécénat, soit à faire don, partiel ou total, de services et de produits — loyers compris — qui d’ordinaire sont facturés aux designer.eure.s

 

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