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Défendre les designers et promouvoir le design, quelles nuances ?

Actualité | 1 commentaire
Les termes “défendre” et “promouvoir” peuvent être utilisés par des associations de designers, des syndicats de designers et des organismes de promotion du design, sans signifier exactement la même chose. “Défendre” peut exprimer la diffusion de manifestes pour fédérer autour des métiers du design (par des associations ou des syndicats) ou agir en justice (par des syndicats). “Promouvoir” peut s’entendre comme le fait d’organiser des expositions (par des associations et des centres de design), ou dans le fait que diffuser des informations positives et de qualité, respectueuses de la déontologie et des enjeux économiques du design (par des associations ou des syndicats). Les frontières peuvent sembler floues et il peut être utile de faire le tour d’horizon de quelques “organismes”, acteurs du design en France, pour y voir plus clair.
On parle “d’organismes” pour citer les associations, groupes, instituts, structures ou syndicats qui regroupent des personnes pour défendre de manière organisée les intérêts de leurs membres. Tous ces organismes jouent un rôle dans la représentation des professionnels du design auprès du public, des commanditaires et des pouvoirs publics. Cependant, ces organismes “synonymes” n’ont pas la même mission et leurs intérêts peuvent différer selon le positionnement qu’impliquent leurs statuts et leurs modes de financements. En termes juridique par exemple, “association professionnelle” est incorrect : c’est “association” ou “syndicat professionnel”. Il est donc nécessaire de préciser les différences de ces deux statuts et leurs implications pour comprendre le rôle de chacun des acteurs.

On peut aussi nuancer les termes “professionnel du design” et “praticien du design”. Un professionnel du design peut s’entendre, par exemple, comme un conseil en design, un design manager, un chercheur en design, voire un éditeur de design. Ce n’est pas forcément un designer. Un designer est un praticien du design. On peut comprendre dès lors que les enjeux des uns et des autres peuvent être distingués.


Qu’est-ce qu’une association de designers ?

Statut et missions :
une association est un groupement de personnes volontaires réunies autour d’un projet commun ou partageant des activités. En matière de design, elle peut avoir des buts divers et des spécialités diverses : promouvoir une discipline, organiser des expositions, des rencontres, aider des publics à comprendre un enjeu particulier. Une association dispose de prérogatives plus réduites qu’un syndicat professionnel.
Audience : designers, commanditaires, pouvoirs publics.
Conseil d’administration : toutes personnes physiques.
Reconnaissance consultative statutaire des pouvoir publics : non.
Financement : une association peut recevoir l’adhésion de tous types de personnes physiques et morales, exerçant des métiers différents, telles que définies dans ses statuts.
Exemples :
Designers interactifs (partenaire AFD) est une association qui “a pour objectif de faire connaître et de valoriser les apports du design interactif à tous les secteurs d’activités, notamment dans l’économie numérique, et plus largement dans la société.”
Moneydesign (partenaire AFD) est une association qui “aide les designers à tarifer leurs créations et à se positionner sur leur marché, qui aide les collectivités et entreprises à évaluer le montant d’un marché de design, qui facilite le calcul des droits d’exploitation.”


Qu’est-ce qu’un organisme de promotion du design ?

Statut et missions
: un organisme de promotion est une société privée ou publique ou une association qui fait le lien entre les professionnels et les commanditaires privés (groupes industriels, Pme-Pmi, éditeurs, distributeurs) ou publics (ministère de l’Industrie, ministère de la Culture), les professionnels et le grand public. Il a pour mission d’apporter son expertise sur les enjeux économiques, sociaux et culturels liés au design à l’aide des meilleures réalisations et par l’organisation d’expositions et de rencontres par exemple.
Audience : entreprises, designers, grand public, pouvoirs publics.
Conseil d’administration : toutes personnes physiques.
Reconnaissance consultative statutaire des pouvoir publics : oui quand il est financé par l'État et/ou les collectivités. Non s’il est financé uniquement par des fonds privés.
Financement : adhésions, fonds publics et privés.
Exemples :
— L’Agence pour la promotion de la création industrielle – APCI (partenaire AFD) “s’inscrit dans le mouvement international de reconnaissance du design comme facteur clé de la compétitivité des entreprises et de l’innovation”, elle “développe des outils et actions collectifs qui valorisent une approche économique, sociale et culturelle du design en France et du design français à l’étranger”.
— Le VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) a pour vocation “de promouvoir la création française dans le secteur du design appliqué au cadre de vie (mobilier, luminaires, art de la table, accessoires de décoration, tapis, textile d'ameublement, etc.), tant en France qu'à l'étranger”.
— L’Alliance graphique internationale AGI est un club d’excellence dont le but est de “faire connaître au public par des expositions et des manifestations diverses des artistes graphiques de différents pays dont la notoriété s’est affirmée dans le domaine de la publicité, du livre ou de l’art mural.”


Qu’est-ce qu’un syndicat professionnel de designers ?

Statut et missions
: un syndicat professionnel est une association de personnes dont le but est exclusivement de défendre les droits et les intérêts sociaux, économiques et professionnels de ses adhérents et, plus largement, d’une profession. C’est un lieu de défense des intérêts collectifs, où se comparent les conditions d’exercices et où, collectivement, est défini par une déontologie, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.
Un syndicat a la qualité d’organisation représentative, il peut assister ou représenter une partie devant les juridictions prud’homales ou devant le tribunal des affaires de sécurité sociale. Il peut exercer les droits reconnus à la partie civile lorsque les faits poursuivis portent sur l’existence d’un préjudice direct ou indirect causé à l’intérêt collectif de la profession qu’il représente (et non l’association).
Conseil d’administration :  designers en activité.
Reconnaissance consultative statutaire des pouvoir publics : oui. La reconnaissance d'un syndicat est statutaire parce qu’il est seul habilité à défendre une profession : il a le droit d'ester en justice, il peut, devant toutes les juridictions, exercer tous les droits réservés aux parties civiles relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession qu'il représente. Les professionnels et les pouvoir publics ont le devoir de le consulter, bien que son impact se mesure selon le nombre de ses membres.
Financement : un syndicat a le droit de recevoir des dons, mais ne peut recevoir l’adhésion que des professionnels exerçant le même métier ou des métiers connexes (loi du 28 octobre 1982 du code du travail L-411). Un syndicat professionnel qui ne respecte pas ces règles est considéré comme une association.
Exemples :
— La Fédération des designers industriels* est un syndicat en région Rhône-Alpes qui « veille à la défense des intérêts communs de la profession et sa représentation auprès des instances officielles, des groupes d’intérêts, de la presse et du public. »
— L’Alliance française des designers est un syndicat national — fusion de quatre principaux syndicats de designers (lire l’historique) — qui agit pour défendre les intérêts des designers de toutes disciplines, gérants d’entreprises, indépendants ou intégrés. L’AFD est l’organisme professionnel de designers, toutes disciplines confondues, le plus représentatif pour défendre et promouvoir tous les métiers du design en France et en Europe.


Tableaux comparatifs

Nous avons adressé aux organismes ci-dessous les questions suivantes : date de création, territoire couvert, disciplines, mission, publics, dirigeants (designer ou non, proportion), reconnaissance par l’État (accréditation, certification, etc.), mode de financement, budget annuel moyen, nombre d’adhérents fin 2011. Sauf erreur ou omission, nous avons complété par des informations publiques de leurs sites internet lorsque nous n'avons pas eu de réponse, nous indiquons « Non communiqué ». Ces organismes disposent d’un droit de modification en cas d’erreurs**.

  Organismes de designers
  AFD FéDI Designers interactifs ADC ICOGRADA + ICSID + IFI
Statut Syndicat professionnel* Syndicat professionnel* Association Association Associations parapluies
Date de création 2003 2000 2006 1988 1963 + 1957 + 1963
Territoire France + Europe Région Rhône-Alpes France France International
Disciplines

Toutes disciplines
Fusion de 4 syndicats :
— Syndicat national des graphistes SNG
— Syndicat des designers d'environnement SDE
— Union française des designers industriels
— Syndicat national des designers textile

Lire l’historique de la création de l’AFD

Design industriel Design d’interactivité Identité de la marque, design produit, pack, architecture commerciale, web design, design global, design sonore Toutes disciplines
Missions Défense, sensibilisation, recherche Défense, sensibilisation Promotion, sensibilisation
— Représenter les agences françaises de Design.
— Faire connaître les métiers du design en France et l'image des agences françaises hors de France
— Aider à la rencontre et aux échanges entre professionnels du Design, avec la presse
— Organise des manifestations tournées vers la profession, les annonceurs, les pouvoirs publics, les médias et le grand public
— Engagements : compétitions rémunérées, Charte engagements responsabilité sociétale des entreprises
Éducation, rencontres, sensibilisation
Publics concernés Designers
Écoles de design
Pouvoirs publics
Designers
Écoles de design
Pouvoirs publics

Designers
Commanditaires
Écoles de design

Agences françaises de design Designers
Écoles de design
Conseil d’administration
Designers bénévoles Designers bénévoles Designers bénévoles Designers bénévoles Designers et non-designers bénévoles et/ou salariés
Salariés
0 0 0 1 +/- 30 pour les 3 organismes
Actions en justice pour la profession Oui Non Non Non Non
Reconnaissance consultative statutaire des pouvoir publics Oui Discutable Non Non Non
Ressources Adhésions de designers Adhésions de designers et d’écoles Adhésions de designers, 
d’agences de design, d’écoles et de partenaires
Adhésion des agences de design françaises Adhésions d’organismes professionnels et d’écoles de pays du monde entier
Budget annuel moyen
+/- 50 K€ +/- 6 K€ +/- 50 K€ Non communiqué Non communiqué
Cotisation annuelle 70 € à 180 €
pour un professionnel individuel***
120 €
pour un professionnel individuel***
400 €
pour une agence

50 €
pour un professionnel individuel***
950 €
pour une agence
3000 € à 8000 €
pour une agence
Icograda : 120 $
pour un professionnel individue, 1110 $ pour une agence
Icid : N.C.
Ifi :
N.C.
Nombre d’adhérents en 2011
+1500 pers. physiques : designers de toutes les disciplines (produits, espaces, graphiques) gérants d'entreprises, indépendants ou intégrés
31 pers. physiques et morales : structures (agences et designers indépendants) dont 4 écoles, représentant 43 designers +/- 700 pers. physiques et morales : indépendants, agences et écoles
+/- 30 pers. morales : agences Icograda
Icsid
Ifi
Localisation des adhérents
France entière Région Rhône-Alpes France entière Région parisienne Monde


* L’Alliance française des designers est, au jour de parution de cet article, le seul organisme qui respecte totalement les critères de la loi du 28 Octobre 1982 du code du travail L-411 régissant les prérogatives d'un syndicat.

** Malgré tout le soin apporté à la rédaction de cet article, il n’est pas impossible que les informations y figurant soient entachées d’une erreur ou ne soient pas à jour. L’AFD décline toute responsabilité à cet égard et vous engage à consulter les sites des organismes cités.

*** Pour un professionnel individuel, le montant moyen est de 300 €/an dans les organismes professionnels des autres pays de l’Union européenne.
 

 

  Organismes de promotion du design
  APCI Cité du design
de Saint-Étienne
Institut français du design Lieu du design VIA
Statut Association Établissement public de coopération culturelle (Cité du design et École supérieure d'art et design de Saint-Étienne) Association Association Association
Date de création 1987 2005 1951 2009 1979
Territoire couvert France et international Local et régional Rhône-Alpes France Région Ile-de-France France
Disciplines Toutes disciplines Toutes disciplines Toutes disciplines Toutes disciplines Mobilier, luminaires, art de la table, accessoires de décoration, tapis, textile d'ameublement
Missions Promotion, sensibilisation, recherche, conseil, expertise, services, exposition/prix Observeur du design

— La sensibilisation de tous les publics au design (visites guidées pour individuels ou professionnels, ateliers jeunes publics, éditions, colloques et conférences…)
— Le développement de l'innovation par le design
— La recherche en design pour mieux comprendre les rapports que les individus entretiennent avec le monde contemporain et ses déploiements techniques, sociaux, économiques, culturels, de manière à imaginer les systèmes de vie de demain.
— La production d'événements tels que la Biennale Internationale Design Saint-Étienne ou les expositions annuelles à Saint-Étienne et à l'international.

Conseil, expertise, services, prix Janus Promotion, sensibilisation, services Promotion, sensibilisation, services
Publics concernés
Designers, écoles de design,
entreprises, pouvoirs publics, grand public
Tous les publics : professionnels, acteurs publics, universitaires, scolaires, enseignants, grand public… Entreprises, étudiants
Designers
Commanditaires
Écoles de design
Grand public
Pouvoirs publics
Designers
Commanditaires
Écoles de design
Grand public
Pouvoirs publics
Conseil d’administration Associations et syndicats de designers, designers, entreprises, écoles et relais de l’innovation
Président de l'EPCC : Maurice VINCENT, maire de Saint Etienne,
Directeur général de la Cité du design et de l'École supérieure d'art et design : Ludovic NOEL
Secrétaire général : Joël BUFFA
Designers et non-designers Designers et non-designers Non-designers
Salariés
    9  
Reconnaissance consultative statutaire des pouvoir publics Oui Oui. La Cité du design est une institution publique portée par la ville de Saint-Étienne, Saint-Étienne Métropole, la région Rhône-Alpes et l'Etat (Ministère de la Culture et de la communication) Non Non Non
Ressources

Adhésions,

autofinancement services, financements publics et privé

L'EPCC Cité du design-Ecole supérieure d'art et design bénéficie du soutien financier de la Ville de Saint-Étienne, Saint-Étienne Métropole, Région Rhône-Alpes, État (ministère de la Culture) Grands groupes et PME tels que : Auchan, Decathlon, Dirickx, Electrolux, Estée Lauder, FagorBrandt, Fnac, J.M. Tivoly, Louis Vuitton, Plastic Omnium, Schneider Electric, Tarkett, Thuasne, TLV, Whirlpool... Région Ile-de-France , abonnements, location d’espaces

Union nationale des industries françaises de l’ameublement (Unifa)

Budget annuel moyen 1,1 M€ dont 35% de subvention
Non communiqué Non communiqué 1,8 M€ Non communiqué
Cotisation/Abonnement 300 € à 2000 €
Sans objet
Sans objet 179 € à 392 €  Sans objet
Localisation des adhérents France entière Sans objet France entière France entière France entière


 

Quelques observations

Défendre les designers et promouvoir le design sont deux choses indispensables et complémentaires pour faire exister et faire reconnaître nos métiers, mais différentes selon les termes de la loi. Ce qui est plutôt sain puisque pour être efficaces, les associations et les syndicats doivent veiller à travailler en complémentarité grâce à leurs spécificités et non pas se superposer.

Un syndicat doit respecter le mode de financement prévu par la loi pour éviter tout conflit d’intérêts. Sinon, son statut et sa reconnaissance par les pouvoirs publics peuvent être contestés, avec pour conséquence d’être considéré comme une association et donc d’être dans l’impossibilité d’agir en justice au nom de la profession.

Plus l’objet d’un organisme est de défendre les designers, plus son budget diminue, plus ses dirigeants sont des designers praticiens. Plus le budget d’un organisme est faible, plus il est financé par les designers.

Plus l’objet d’un organisme est de promouvoir le design, plus son budget augmente, moins ses dirigeants sont des designers praticiens. Plus le budget d’un organisme augmente, plus il est financé par les commanditaires des designers.

En d’autres termes, il est plus aisé de promouvoir le design que de défendre les designers.

Il est logique que les organismes de promotion ne soient pas les mieux placés pour ressentir les urgences que peuvent vivre les designers. On peut comprendre que les enjeux puissent être différents. Le pouvoir de lobby entre ceux qui défendent et ceux qui font la promotion n’étant pas, à ce jour, équilibré, il en résulte un affaiblissement de la position des praticiens du design dans leurs relations avec les commanditaires et les pouvoirs publics.

Ce n’est pas inéluctable : la cotisation régulière tous les ans de 2000 designers suffirait à rééquilibrer les choses.
C’est à la portée des professionnels. Les designers peuvent adhérer à un organisme de promotion pour faire connaître leur activité, mais s’ils souhaitent défendre les intérêts de leur profession, il est stratégique qu'ils soutiennent un syndicat s’ils souhaitent se doter des moyens de défendre leur profession par des actions concrètes.

Ces actions ont un coût élevé, les budgets des syndicats sont limités aux adhésions. Il est donc plus opérationnel de s’unir autour d’un seul syndicat fort au plan national pour se renforcer financièrement et tenir ses objectifs de défense de la profession. Par exemple, l’AFD est le seul syndicat à avoir agi en justice pour défendre les intérêts de sa profession. [Lire + à propos des procès AFD]

Un syndicat national doit pouvoir s’appuyer sur la logistique d’associations au plan régional, qui elles-mêmes peuvent bénéficier en retour d’une structuration au plan national. C’est dans cet objectif que l’AFD a proposé régulièrement à la Fédération des designers industriels (FéDI) en Rhône-Alpes (novembre 2008 puis en janvier 2010) de fusionner son activité syndicale à l’AFD puis d’en prendre la présidence.

L’AFD est un outil démocratique, pluridisciplinaire, ouvert à tous les statuts, structuré au plan national et dirigé par des designers. Comme dans tout processus démocratique, les designers qui ne se retrouveraient pas dans les actions de l'AFD sont les bienvenus : ils peuvent adhérer pour proposer leurs idées, se faire élire au conseil d'administration puis à la présidence, pour incarner une vision partagée de leur profession.


Lire +
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Commentaires

1. Par M.A.P. Concept, le 17 mars 2012 à 17h00
M.A.P. Concept

Les métiers du design s'intègrent peu à peu dans le marché français quotidien grâce à la syndicalisation structurée du corps de métier. L'union fait la force et il y a de la place pour tout le monde. Nous sommes comme tous les autres professionnels victimes d'usurpateurs et d'opportunistes qui profitent d'une tendance pour se placer dans un domaine peu conventionné à l'heure actuelle. Nous devons acter nos compétences, c'est une certitude.

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