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Designers versus contrefaçon

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D'après l'entretien réalisé par Philippe Lesaffre pour le site Atlantico, publié le 8 juin 2011, à l'occasion d'une journée contre la contrefaçon organisée par l’Union des fabricants. L’occasion de se pencher sur le phénomène qui touche de nombreuses professions. Y compris les designers, comme nous l’explique le co-fondateur de l’Alliance française des designers, François Caspar.

Atlantico : Que vous inspire la journée pour la contrefaçon organisée par l’Union des fabricants ?
François Caspar : C’est forcément une bonne chose. L’Alliance française des designers n’a pas été associée à la journée, organisée par l’Union des fabricants. Il pourrait y avoir une collaboration entre les deux, ce serait intéressant, car nous luttons contre le même phénomène. Les designers français sont aussi touchés par la contrefaçon.
La contrefaçon, un terme bien vaste : comment appréhendez-vous ce phénomène ?
[On a tous entendu parler de la contrefaçon, peut-être la plus répandue, de produits conçus et fabriqués en France par exemple, copiés dans certains pays d'Asie et distribués dans le monde entier.]

Du point de vue des designers, il y a plusieurs sortes de contrefaçons. La première survient entre un éditeur ou un fabricant et le designer qui voit son œuvre reproduite sans son consentement, donc sans rémunération. En principe le designer conçoit l’œuvre, le fabricant la produit, voire la distribue et chacun gagne sa vie. Exploiter, c’est tirer profit. L’auteur doit être rétribué, s'il ne l'est pas, c’est puni par la loi. Le textile et la communication sont deux secteurs très touchés par ce phénomène, quand un fabricant reproduit des motifs textiles ou quand une agence reproduit une image, sans en avoir les droits d’exploitation.

Dans ces domaines, il n'y a que trop rarement des contrats équitables entre les différents acteurs, malheureusement. Alors que s'ils étaient systématiques, on pourrait lutter contre le fléau de la contrefaçon, au-delà de la journée qui lui est consacrée, [car les droits de l'auteur protègent aussi les droits de l'éditeur].

La contrefaçon peut aussi exister — de façon fortuite ou pas — entre deux auteurs, quand l’un copie l'œuvre, un meuble par exemple, de son confrère. C’est délicat, il ne faut pas confondre inspiration et contrefaçon… La frontière entre les deux est parfois trop floue. La demande de ressemblance à une œuvre originale d’un designer renommé peut venir aussi d'un fabricant ou d'un éditeur. À quel point une imitation peut être une contrefaçon ? S’inspirer d'un style sans pour autant reproduire le même objet à 100 % peut provoquer une confusion chez les acheteurs : le fauteuil d’un designer célèbre au prix de 4000 euros peut être vendu, moyennant quelques points de différences, à 300 euros sur un site de vente en ligne. Évidemment à ce prix-là, le designer originel n'est pas rémunéré, seul le fabricant contrefacteur en tire profit.

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